Le roman de Lukaz le Goaris

"Oui à la castration chimique, mais couplée avec d'autres mesures"

Le meurtre de Marie-Christine Hodeau, attribué à un criminel déjà condamné pour viol, a relancé le débat sur la castration chimique. Que pensez-vous de cette mesure ?

- Le traitement anti-androgène existe déjà. Si un médecin pense qu'il peut être utile pour un patient, il le prescrit. Tous les délinquants sexuels en ont-ils besoin ? La réponse est non. Ces médicaments ne ne sont efficaces que sur 10 à 15% des pédophiles et 5 à 10% des auteurs de viols sur hommes et femmes adultes, soit une minorité. Ils ne fonctionnent pas sur les autres, car l'agression sexuelle est un comportement complexe, pas simplement une question d'hormones. Des viols peuvent être commis avec un doigt ou objet. Des personnes qui n'ont pas d'érection peuvent s'adonner à des simulacres de jeux sexuels. Le thérapeute utilise le traitement anti-androgène pour des délinquants sexuels ayant des fantasmes ciblés, obsédants, et dotés d'une personnalité égocentrique. Par ailleurs, les médicaments ne sont pas suffisants. Je dis oui au traitement anti-androgène, mais couplé avec d'autres mesures.

Quels autres dispositifs préconisez-vous alors pour limiter la récidive ?


- Il est utile de rappeler que 80% des délinquants sexuels ne récidivent jamais.
Quatre outils existent : le suivi psychologique, le traitement médicamenteux, le suivi policier et le bracelet électronique. Si j'avais à juger tous ces dispositifs, je dirais que le bracelet électronique est le plus efficace, car il a aussi un effet dissuasif. Ma conviction est que la société a deux défis : focaliser ces mesures sur les personnes à risque et utiliser tous les outils à disposition en combinaison. Il faut aussi évaluer les cas les plus problématiques, en utilisant le temps imparti en prison dans ce sens.

Etes-vous favorable à un renforcement de l'arsenal juridique concernant la castration chimique ?


- Si la loi dit : on doit appliquer cette mesure à 100% des délinquants sexuels, je suis contre.
Dans bon nombre de pays, les législateurs sont tentés de rendre obligatoire à tous ces criminels ce traitement. C'est poser là une équation simpliste : sexe transgressif = excès d'hormones.
En revanche, si un texte propose un moyen de persuasion pour qu'un délinquant ciblé se soigne, cela ne me choque pas. On pourrait dire au détenu : "Tu sors de prison, mais avec un traitement". Le droit viendrait définir comment ce "troc" peut s'appliquer. Pour qu'une complexification de la loi soit utile, il faut d'abord évaluer quels sont les délinquants sexuels pour qui le traitement est souhaitable.

Interview de Roland Coutanceau par Bérénice Rocfort-Giovanni

"Un viol" et un débat sur France 2

 © FRANCE 2 - Bernard Barbereau

 

 

France 2 s’apprête à diffuser “Un viol”, film réalisé par Marion Sarraut avec notamment Marianne Basler et Daniel Russo, en fait une histoire de double viol, celui réellement subi par une femme et celui résultant d’une procédure policière et judiciaire qui saccage la vie des protagonistes.

Le film sera suivi d’un débat présenté par Christophe Hondelatte. Plus de 150 000 femmes sont violées chaque année en France, mais moins de 4% d’entre elles portent plainte.

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