Le roman de Lukaz le Goaris
Les victimes d’inceste peuvent être de bons parents... Deux millions de français disent avoir été abusés sexuellement dans l’enfance.
Comment fonder une famille après ? C’est le thème inédit d’un colloque, qui s’est tenu hier à Paris.
  

Comment chérir ses enfants quand on a soi-même eu une enfance massacrée par l’inceste ? Fonder une famille quand on a l’enfer pour seule représentation familiale ? C’est le thème jamais abordé à ce jour d’un colloque qui s’est tenu hier à Paris à l’initiative de l’Association internationale des victimes d’inceste (Aivi)*.

En France, 3 % de la population dit avoir été abusée sexuellement dans son enfance par un membre de sa famille.
« Ça fait deux millions de personnes. Non seulement leur propre vie est fichue en l’air mais ils ne parviennent que très difficilement à donner la vie sereinement », explique Isabelle Aubry, elle-même « survivante » et présidente de cette association qui lutte pour briser le silence assourdissant autour de l’inceste.
Selon une
enquête menée par l’Aivi auprès de victimes, devenir parents est une « source d’angoisse » pour 44 % d’entre eux, 26 % espèrent y trouver « une aide » et 18 % avouent que c’est « impossible ». Stérilités inexpliquées, fausses couches à répétition, IVG (interruptions volontaires de grossesse) en série… Ceux qui se lancent malgré tout dans la vie de famille ne sont généralement pas au bout de leurs peines. « Souvent, ils se sentent incapables, ils ont peur de mal faire. Quand les enfants atteignent l’âge où ils ont été abusés, beaucoup paniquent ou font des dépressions alors que c’est la preuve même qu’ils sont de bons parents : les psychopathes, eux, ne s’inquiètent pas ! »

 

« On est étouffés par notre histoire »

Le pire pour Isabelle Aubry, c’est qu’une majorité de gens pense que l’inceste se transmet de génération en génération. Ou à l’inverse, que les victimes deviennent folles ou vengeresses. « On est étouffés par notre histoire et les a priori malsains. Aucune étude épidémiologique n’a jamais été menée sur le sujet et pourtant, on a harcelé le ministère de la Santé… C’est un problème de santé publique ! » Des données claires et sérieuses qui permettraient une prise en charge spécifique de « ce fléau », c’est une des principales demandes de l’association. Dans l’enquête qu’Isabelle Aubry a menée avec une autre victime, Sandrine Apers (lire témoignage ci-contre), elles n’ont rencontré que de bons parents « qui ont besoin d’être accompagnés ». Le livre qui recueille ces témoignages poignants, « Etre parent après l’inceste » (Ed. J.-Lyon) sortira le 20 novembre, pour la Journée internationale des droits de l’enfant.


*http://aivi.org/

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